Les imaginaires orientalistes : l’égyptomanie dans le paysage urbain marseillais
Contexte historique
Si l’égyptomanie est un phénomène attribuable à une période historique spécifique, quelles sont les manifestations similaires que nous pouvons observer ? Le terme « orientalisme » est apparu au XIXe siècle et désigne l’ensemble des productions artistiques et intellectuelles européennes qui ont l’Orient pour objet. L’engouement pour l’Orient débute au XVIIIe siècle par le biais de la littérature, avec la parution en 1704 de la traduction par Antoine Galland des Mille et une nuits, suivie entre autres par les Lettres persanes de Montesquieu en 1721. Des personnalités adoptent alors la mode orientale comme Marie-Antoinette qui, devenue reine de France, la diffuse en portant des robes "à la sultane" et en se coiffant de poufs ou de bonnets orientalisants.
Cet orient est représenté par l’inclusion de personnages dits « orientaux », notamment à l’Opéra, et est même adopté dans l’art rocaille, qui se concentre sur des scènes d’intimité de la figure de la sultane entourée de sa cour et de ses esclaves. Ce mouvement orientaliste connaît un véritable tournant à partir de 1798 lors de l’expédition de Bonaparte en Égypte, et des nombreuses découvertes archéologiques qui en découlent. C’est la naissance de l’ « égyptomanie ». Les artistes orientalistes vont alors privilégier des illustrations de l’Égypte ancestrale en se concentrant sur les paysages, le delta du Nil et en y intégrant la figure de Cléopâtre (qui devient rapidement une figure romantique) ou des figures de l’Ancien Testament telles que Joseph ou Moïse. Cette mode égyptisante, qui passionne notamment l’Empereur, se retrouve alors souvent dans le paysage urbain par l’édification de pyramides, de sphinx ou encore d’obélisques, à laquelle Marseille n’échappe pas.
L’obélisque de Mazargues a été construit et érigé en 1811 par François Michaud, sur l’initiative du maire de Marseille Antoine Ignace Antoine à l’occasion de la naissance du fils de Napoléon Ier. D’abord installé au centre de la place Castellane, il est déplacé en 1911 au rond-point de Mazargues pour laisser place à la fontaine monumentale d’André Allar sur commande de Jules Cantini.
Approche critique
L’évocation de cet obélisque est intéressante concernant l’installation de monuments liés à l’impérialisme dans l’espace urbain marseillais. Alors que l’attention générale semble se diriger vers les éléments architecturaux en lien avec la colonisation, les pièces patrimoniales associées à l’empire napoléonien sont quant à elles mises de côté. Elles sont pourtant un réel témoignage de l’impérialisme dans l’espace public et apportent une valeur conflictuelle entre contexte historique, politique de création et patrimoine monumental dans un espace urbain partagé. Bien que dans l’imaginaire collectif l’obélisque soit directement associé à l’Égypte et à son histoire antique, son implantation en France est liée à une propagande impérialiste manifeste. Au-delà de diffuser l’image impériale en dehors de la capitale, c’est aussi l’affirmation d’une expédition militaire en Égypte afin de s’en emparer.
Auteurs et autrices
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RATEAU-HOLBACH Julie
Doctorante en histoire de l’art, TELEMMe
Pour citer
(2025). “Les imaginaires orientalistes : l’égyptomanie dans le paysage urbain marseillais”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/les-imaginaires-orientalistes-l-egyptomanie-dans-le-pay), page consultée le 5 avril 2025, RIS, BibTeX.