La villa Palestine. L’art mauresque

Contexte historique

La Villa Palestine est une villa néo-mauresque édifiée de 1902 à 1905 pour Leclerc, commerçant de Bourges enrichi dans le textile. Il commande sa villa à une entreprise de maçonnerie locale, Olive Frères, sur le modèle d’une maquette qu’il aurait vue à une exposition universelle. La villa rassemble sur sa façade les éléments caractéristiques du vocabulaire mauresque : tour-minaret, merlons, arcs outrepassés, motifs décoratifs en relief, carreaux de faïence et traitement polychrome. À l’intérieur, deux loggias superposées reçoivent un décor peint librement inspiré du répertoire hispano-mauresque. C’est un des rares témoins subsistants du patrimoine néo-mauresque et orientalisant du littoral méditerranéen.

Approche critique

L’engouement pour l’architecture mauresque au début du XXe siècle est principalement dû à l’orientalisme, un mouvement artistique et culturel qui s’intéressait aux cultures et aux arts des pays orientaux. Ce mouvement a été alimenté par les voyages et les découvertes de nombreux artistes, architectes et écrivains en Afrique du Nord et en Espagne où l’architecture mauresque était particulièrement présente. Les caractéristiques distinctives de l’architecture mauresque, telles que les arcs en fer à cheval, les motifs géométriques et arabesques, et les jardins de riad, ont captivé l’imagination des Européens et ont été intégrées dans des bâtiments et des œuvres d’art occidentaux.

La critique de l’orientalisme a ouvert la voie à une réflexion plus critique sur les relations entre l’Occident et l’Orient, et sur les mécanismes de la domination culturelle et idéologique. Dans son ouvrage L’Orientalisme, Edward Saïd met en lumière plusieurs aspects problématiques de ce courant. Il souligne que l’orientalisme a souvent conduit à une représentation biaisée et stéréotypée des cultures orientales, les dépeignant comme exotiques, arriérées et inférieures. Cette vision a servi de support à la justification des politiques coloniales et impérialistes occidentales. L’orientalisme a également contribué à la construction de l’identité occidentale en opposant l’Occident civilisé à l’Orient barbare. Cette dichotomie a permis aux Occidentaux de se percevoir comme supérieurs et de légitimer leur domination sur les peuples orientaux. Saïd affirme encore que l’orientalisme a été utilisé comme un outil de domination et de contrôle, fournissant des justifications idéologiques et épistémologiques pour les conquêtes et les interventions occidentales.
La critique de Saïd montre que l’orientalisme n’est pas seulement un phénomène du passé, mais qu’il a des racines historiques profondes et continue d’influencer les perceptions et les politiques contemporaines.

L’ouvrage L’Orientalisme d’Edward Said a été publié pour la première fois aux États-Unis en 1978. La version française, intitulée L’Orient créé par l’Occident, est parue en 1980 aux éditions du Seuil. Depuis la publication de cet ouvrage, de nombreux chercheurs ont reconsidéré et critiqué les fondements de l’orientalisme, cherchant à offrir des perspectives plus nuancées et équitables et proposer une relecture critique.

Auteurs et autrices

Bibliographie

Edward W. Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, [Orientalism, 1978], traduction de Catherine Malamoud, préface de Tzvetan Todorov, Le Seuil, 1980, (rééd. augm., 2003), 392 pages

La Question de Palestine, [The Question of Palestine, 1979], traduction de Jean-Claude Pons, Actes Sud/Sindbad, 2010, 384 pages

Emmanuelle Sibeud, "Post-Colonial et Colonial Studies : enjeux et débats" [archive], Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2004

Odile Goerg et Xavier Huetz de Lemps, La ville coloniale, XVe-XXe siècle, Paris, Seuil, coll. Points, 2012 (1re éd. 2003)

Alain Sinou, Comptoirs et villes coloniales du Sénégal. Saint-Louis, Gorée, Dakar, Paris, Karthala, 1993

SOURCES :

Pour citer

CHABANI Samia, STEFANI Matteo (2025). “La villa Palestine. L’art mauresque”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/la-villa-palestine-l-art-mauresque), page consultée le 4 avril 2025, RIS, BibTeX.