La promotion de la culture et des arts provençaux aux expositions coloniales : enjeux politiques et identitaires

Contexte historique

Exposition coloniale de Marseille, Palais de Marseille et de la Provence

Il ne demeure des constructions des expositions coloniales marseillaises que le palais de Marseille et de la Provence. Alors que l’ensemble des palais consacrés aux colonies était fait de matériaux périssables en vue d’être détruit à la fin de l’événement colonial, ce palais situé à l’entrée du parc était destiné à perdurer bien après la fermeture. Consacré aux arts provençaux à l’Exposition de 1922, il a été transformé en musée de l’association du Vieux Marseille en 1923 et est aujourd’hui dédié à l’organisation de divers événements par l’entreprise gestionnaire du lieu, la SAFIM. Sa façade de cinquante-cinq mètres se compose d’une entrée centrale encadrée par des atlantes réalisés par le sculpteur Louis Botinelly. Les extrémités du palais sont couronnées de mosaïques représentant Notre-Dame-des-Accoules et l’abbaye de Saint-Victor, réalisées par l’entreprise Patrizio d’après des dessins du Félibre Valère Bernard.

Déjà à l’Exposition coloniale de 1906, la représentation de la culture et du folklore provençal était au cœur des préoccupations du commissaire général Jules Charles-Roux. Associé au Syndicat de Provence et au Félibrige, ils ont ensemble élaboré l’idée de mettre en valeur l’identité régionaliste provençale et sa culture dans un pavillon situé à l’entrée même du parc d’exposition : le mas Santo-Estello.

Le début du XXe siècle est ponctué de revendications régionalistes aussi bien au niveau politique qu’intellectuel que le Félibrige de Frédéric Mistral souhaite affirmer, notamment par la création du Museon Arlaten à Arles, premier musée d’Arts et traditions populaires de France. Dans une mise en scène où les reconstitutions d’intérieurs d’habitats provençaux sont majoritairement utilisées, ce sont le quotidien et les traditions agropastorales qui sont mises en lumière. Cette scénographie sera reprise dans le mas Santo-Estello, puis dans le Palais des Arts en 1922.

Approche critique

Il est étonnant de constater l’importance accordée à cette représentation régionaliste dans une exposition qui se veut à portée nationale mais également internationale. Dans un palais, qui n’illustre pas une architecture provençale mais bien une architecture classique, plusieurs sections se succèdent : art naval, art religieux, histoire de Marseille, peinture, sculpture, et en son centre, le diorama d’une cuisine provençale accessoirisée de mannequins de cire.

Musée du Vieux-Marseille. La cuisine provençale
Collection particulière

Il ne s’agit pas d’offrir aux visiteurs une vision promotionnelle, voire touristique de la Provence, mais bien une vision nostalgique et idéalisée d’une Provence qui n’est pas celle de 1922. Il est intéressant alors de comparer cette vision désuète aux représentations plus modernes comme celles qui apparaissent sur les affiches promotionnelles de la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée. Dans un contexte politique et commercial dans lequel s’insère en particulier Marseille, la région s’ouvre davantage sur le monde et les colonies comme les expositions coloniales souhaitent l’affirmer. La confrontation de ces deux visions contradictoires questionne sur la caractérisation de ce qu’est réellement la Provence dans ces années 20 et des moyens mis en œuvre pour la représenter.

Exposition internationale des applications de l’électricité Marseille 1908
Collection particulière

Contrairement aux autres palais, le Palais des arts avait vocation à durer. Le Grand palais ou palais dit de l’exportation est détruit en 1968, soit 63 ans après sa construction. L’exposition coloniale est une cité éphémère car les bâtiments sont prévus pour être détruits à la fin de l’exposition ; d’où l’emploi de matériaux légers à base d’éléments métalliques, démontables et récupérables. Situé au centre du parc, dès sa création, il avait été confié aux architectes Étienne Henri Bentz, Léonce-Aloïs Müller et Gaston Rambert. Les galeries de pourtour et le pavillon central sont en charpente bois, moins chère que le métal. Il a été remplacé par un grand palais des congrès.

Sur son site, la SAFIM, actuelle gestionnaire du Palais des congrès et des expositions Marseille Chanot, espace accueillant les grandes foires à Marseille, présente le Palais des Arts comme

« un espace qui offre un cadre historique de qualité pour vos événements. Vous pourrez organiser vos réunions comme vos réceptions dans ce Palais qui vous sera entièrement dédié. Aux beaux jours, bénéficiez du jardin attenant proposant un décor agréable pour vos pauses et repas. »

Un espace qui offre un cadre « historique », reliquat des colonies non nommées en tant que telles, pas plus que la dimension patrimoniale des éléments qui le constitue, les Atlantes, les mosaïques ou le contexte de construction du Palais.

Auteurs et autrices

Pour citer

RATEAU-HOLBACH Julie (2025). “La promotion de la culture et des arts provençaux aux expositions coloniales : enjeux politiques et identitaires”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/la-promotion-de-la-culture-et-des-arts-provencaux-aux-e), page consultée le 5 avril 2025, RIS, BibTeX.