Cafés nord-africains, lieux d’entraide économique et de sociabilité politique

Contexte historique

Le café a été introduit en France pour la première à Marseille en 1644. C’est Pierre de La Roque qui introduisit le café et le « service à café » puisqu’il « apporta à son retour à Marseille, non seulement du café mais aussi tous les petits meubles et ustensiles qui servent à son usage en Turquie ». La popularité de ce breuvage se développa dans les décennies qui suivirent dans toutes les couches sociales de la cité phocéenne, à l’image du grand Café Turc ouvert en 1850 sur la Canebière et décoré avec le faste à l’orientale.

Grand Café Turc, Canebière, Marseille
Intérieur du Grand Café Turc sur la Canebière

A l’instar de Barbès ou de la Place du Pont à Lyon, Belsunce est dès les années 60, le quartier de fixation des communautés migrantes, en particulier algérienne. Meublés, cantines, hammams et lieux de sociabilité, comme les cafés nord-africains constituent des espaces privilégiés de retrouvailles. Ils permettent également l’expression d’une diversité artistique. La colonisation vient renforcer la présence de cafés nord-africains à Marseille. Ils sont des lieux de forte politisation, notamment durant la guerre d’Algérie.

Au 12 rue du petit Saint-Jean se situait le café Moka, ancien café maure, dont il ne subsiste plus de traces si ce n’est la forme de l’entrée qui suggère l’ancienne enseigne. Ces cafés recouvrent plusieurs réalités sociales différentes. Ce sont des lieux de sociabilité et de prise de conscience politique des travailleurs immigrés, notamment des Algériens. Aussi, on y retrouve des artistes venus se produire en France et qui participent à la diffusion de la production discographique des cultures arabo-orientales et berbères.

En 1954, il y a 16 000 algériens dans le département des Bouches-du-Rhône, dont 12 000 à Marseille et l’arrivée va s’intensifier pendant la guerre d’Algérie. En 1968, il y a 30 000 nord-africains à Marseille, dont 25 000 algériens. En 1975, près de 60% des étrangers sont d’origine maghrébine. C’est le moment où la part d’Algériens dans l’ensemble de la population étrangère est la plus importante.

Le café est un lieu de vie autour duquel s’organise la vie des immigrés. On vient y chercher de l’entraide, où dormir, où manger et où travailler. En effet, les cafés deviennent rapidement des espace intermédiaires entre les industriels français et les immigrés. Les salaires versés par le patronat étant nettement supérieurs à ceux offerts aux travailleurs coloniaux, la situation d’ouvrier libre est un statut très convoité. Cela permet également aux cafetiers de s’assurer que ces hommes ne quittent pas la ville pour les zones rurales et continuent de faire partie de leur clientèle. Cette collaboration entre le patronat et les cafetiers se fait, dans certains cas, au détriment des services de l’Etat ayant la responsabilité d’embaucher de la main d’œuvre coloniale.

Au moment de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), les cafés nord-africains s’imposent comme des lieux de solidarité politique. Des meetings tenus par des membres du FLN s’y organisent. C’est le début d’une prise de conscience politique pour les immigrés algériens, toujours sous domination coloniale et en situation d’exil économique en métropole.

Lettre du Préfet directeur des renseignements généraux sur un dénommé Messaoud Guedhoudj, 1er décembre 1955, Marseille.

Approche critique

Le café est un espace à la fois social, économique et politique au sein duquel s’organise la vie des immigrés algériens. C’est un lieu d’entraide communautaire. Jusqu’à aujourd’hui, on retrouve des cafés, dans les quartiers de Noailles et Belsunce, qui regroupent des immigrés et descendants d’immigrés nord-africains. Ils y retrouvent une solidarité et une sociabilité. Y sont proposés des services pour l’envoi de marchandises de l’autre côté de la Méditerranée ou encore des petites annonces. A l’angle du Cours Belsunce, de la rue d’Aix et de la rue Colbert se trouvent plusieurs de ces cafés.

Auteurs et autrices

Pour citer

ABROUS Yasmine, CHABANI Samia (2025). “Cafés nord-africains, lieux d’entraide économique et de sociabilité politique”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/cafes-nord-africains-lieux-d-entraide-economique-et-de-), page consultée le 6 avril 2025, RIS, BibTeX.