Les meublés et Foyer de travailleurs migrants SONACOTRA

Contexte historique

Adoma (anciennement Sonacotra) est une société d’économie mixte, filiale du groupe CDC Habitat (Caisse des Dépôts) a été créée en 1956 par les pouvoirs publics pour accueillir les travailleurs migrants.
A Marseille, la Sonacotra développe son parc de foyers à proximité des bassins de travail (Nord de la ville, La Capelette et le centre-ville).
La Sonacotral (SOciété NAtionale de COnstruction de logements pour les TRAvailleurs ALgériens) est créée en 1956 pour régler le problème de l’habitat insalubre des travailleurs originaires d’Algérie (environ 150 000 Algériens (actifs ou non) vivant dans des bidonvilles, en particulier autour de Paris, ou dans d’autres logements précaires). Pour faire face à la pénurie de logements, elle construit son premier foyer en 1959 à Argenteuil.

Son premier président, de 1956 à 1977, a été une personnalité importante de la politique de l’après-guerre ; ancien ouvrier venu à la politique par la résistance, Eugène Claudius-Petit, théoricien et militant de l’aménagement du territoire, fut le principal ministre de la reconstruction sous la IVe République, avant que son opposition à De Gaulle ne l’éloigne des fonctions gouvernementales. Par la suite, le PDG est toujours désigné par le gouvernement français et a le statut de préfet.

Devenue Sonacotra à l’indépendance de l’Algérie, l’entreprise se développe particulièrement à partir du milieu des années 1960, du fait de la demande en main-d’œuvre de l’industrie d’une part et, d’autre part, de la politique de l’État après le vote de la loi Debré en 1964 pour la résorption des bidonvilles. Si la Sonacotra loge aussi des familles, elle se spécialise dans l’accueil des travailleurs « isolés » (mais le plus souvent mariés avec une femme restée au pays) qui représentent 96 % de sa clientèle en 1973.

Jusqu’à la fin des années 1960, la situation faite aux travailleurs immigrés dans les foyers qui accueillent aussi maintenant de nouvelles populations originaires pour beaucoup d’Afrique sub-saharienne attire peu l’attention. Mais, dès le début des années 1970, les conflits se multiplient du fait du délabrement précoce des bâtiments, de l’autoritarisme de la direction, d’un statut administratif qui prive les résidents du statut de locataire et des droits afférents.
Dans les années 1950, sur fond de guerre en Algérie, les pouvoirs publics s’inquiètent de la concentration, dans des bidonvilles de la périphérie de grandes villes, d’immigrants, notamment en région parisienne, lyonnaise et marseillaise.
La création de FTM répond autant à des impératifs d’ordre public qu’au souci de résorption des bidonvilles, d’aménagement de l’espace urbain et d’une offre de logements plus dignes pour les immigrés : « La construction et la gestion de logements FTM est le résultat d’une politique mixte visant à la connaissance et au contrôle politique, administratif et social d’une population de travailleurs migrants pendant la guerre d’Algérie. Le foyer, le bain-public, la cantine, le café ...sont autant de lieux fréquentés par les travailleurs migrants qui donneront lieu à un contrôle social et policier régulier. Son premier président est Eugène Claudius Petit, ancien résistant, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme (1948-1953), puis ministre du Travail (1954), pour qui les bidonvilles sont la « honte de la nation »..

Le quartier de Belsunce est emblématique de l’immigration à Marseille : en 2012 (INSEE), ce quartier accueille encore 41% d’immigrés. Dans ce quartier, la présence algérienne est attestée dès le début du 20e siècle, et l’investissement dans l’hôtel meublé est souvent une affaire de famille. Cet achat d’hôtels meublés correspond souvent, à l’instar de l’achat de cafés, à une réinsertion professionnelle. Concernant la clientèle de ces hôtels, ce sont pour la plupart des Chibanis, anciens travailleurs immigrés venus seuls dans le cadre des migrations des 30 glorieuses.

Approche critique

Auteurs et autrices

  • CHABANI Samia

    Coordinatrice générale d’Ancrages, journaliste Diasporik

Pour citer

CHABANI Samia (2025). “Les meublés et Foyer de travailleurs migrants SONACOTRA, Mars Imperium (https://marsimperium.org/les-meubles-et-foyer-de-travailleurs-migrants-sonacotra), page consultée le 6 avril 2025, RIS, BibTeX.