ATOM, Aide aux Travailleurs d’Outre-Mer, de l’entraide au contrôle des travailleurs d’Outre-Mer
Contexte historique
ATOM, Aide aux travailleurs d’outre mer 1950-1984 ; rebaptisée ADRIM, Association pour le développement des relations intercommunautaires à Marseille 1984-1988 ; rebaptisée ADRIM, Association pour développement des relations intercommunautaires méditerranéennes 1988-2010
L’association est créée le 25 février 1950 sous l’appellation ATOM (Aide aux Travailleurs d’Outre Mer), à la suite d’une enquête effectuée par le Secrétariat Social de Marseille, révélant les difficultés d’insertion de la population nord-africaine primo-arrivante à Marseille.
Les fondateurs sont le couple Louis et Simone Belpeer.
Les objectifs premiers consistent à :
Améliorer les conditions d’accueil des migrants en transit et faciliter l’intégration de cette nouvelle population de travailleurs sédentaires.
DE 1948 A LA FIN DES ANNEES 50 : LA CREATION DEL ’ASSOCIATION ET LE DEVELOPPEMENT DES MISSIONS D’ACCUEIL ET D’ORIENTATION DES IMMIGRES
L’association est créée le 7 février 1950 sous l’appellation ATOM (Aide aux travailleurs
<l’outre-mer), à la suite d’une enquête effectuée pour le Secrétariat social de MarseilleL. En effet, le contexte marqué par la présence durable des travailleurs immigrés sur le territoire français et le double souci de les contrôler et d’’arnéliorer leurs conditions de vie conduit Maurice Chaixbriand, responsable du Secrétariat, à prendre contact en 1948 avec Louis Belpeer2, ancien directeur du foyer d’accueil pour étudiants africains de Marseille, afin de réaliser une étude sur les populations logées dans les bidonvilles. Les résultats de cette étude montrent que l’essentiel des populations des bidonvilles est composé de Français originaires des colonies africaines, souvent d’anciens combattants, et de gens du voyage. Conscients qu’il y a des actions à mener pour améliorer les conditions d’accueil des migrants et faciliter leur intégration, les époux Belpeer décident alors de créer une association capable de prendre en charge des missions délaissées par l’État Ils bénéficient, en cela, du soutien, d’une part de la grande bourgeoisie catholique dont ils sont issus tous les deux, d’autre part des pouvoirs publics (Ministère de l’Intérieur et gouvernement français d’Algérie) avec qui ils ont noué des liens pendant la Seconde Guerre mondiale3.
Les activités de PATOM visent alors à améliorer les conditions d’accueil des immigrés arrivés pour la plupart seuls, tout en veillant à rompre la situation d’isolement culturel et social dans lequel se trouvent ces derniers. Pour cela, des points de contact et d’encadrement des immigrés sont établis dans la ville. Ainsi le bureau général d’interventions assure un premier accueil sur les lieux d’arrivée au port et à la gare en orientant les personnes vers les services sociaux de droit commun et en les dirigeant vers les foyers situés dans des bidonvilles et des cités. Face à l’afflux massif, les personnes sont reçues sous des tentes où s’organisent les services sanitaires et sociaux de l’ ATOM. Un médecin assure chaque semaine la tournée des sites ; une assistance sociale est chargée d’apporter des solutions aux situations administratives et financières compliquées. Il convient, par ailleurs, de signaler qu’un bureau d’interventions dédié à l’Afrique noire est ouvert quelques années plus tard dans le quartier de la Porte d’Aix-Gare Saint-Charles.
L’implantation géographique de l’ATOM à Marseille4, porte de l’Orient, au cœur des flux migratoires lui permet alors de jouer vis-à-vis de l’État, un rôle de « laboratoire
d’observation »5. L’association, par l’expérience qu’elle a acquise en la matière, est amenée à
participer pleinement à l’élaboration de politiques publiques d’intégration et d’insertion sociale et professionnelle de cette population.
DE LA FIN DES ANNEES 1950 AUX ANNEES 1970 : UNE REUSSITE SE TRADUISANT PAR UNE EXTENSION DU DOMAINE DE COMPETENCES
À la fin des années 1950, les activités de l’ ATOM se diversifient pour proposer de nombreuses animations socio-éducatives en réponse à l’évolution des migrations6. Selon les fondateurs, le développement du secteur socio-éducatif se justifie par les différences culturelles que doivent combler les immigrés. Ainsi, dans les centres socio-éducatifs7 implantés au cœur des cités, des cours de remise à niveau scolaire et d’économie domestique sont dispensés par des monitrices aux femmes et aux jeunes filles immigrées, considérées comme le ciment du lien social8. Les animations organisées dans de nombreux centres socio éducatifs visent à faciliter l’échange culturel, à informer sur les droits et usages du pays d’accueil, et à accompagner les individus dans le changement9.
Pour répondre à la multiplication de ses missions, Louis Belpeer et les membres de son conseil d’administration décident de fonder des associations filiales. Ainsi est créé le CANA, Centre d’accueil nord-africain, qui forme les jeunes gens et réalise les formations et cours du soir pour les adultes. En 1978, le CANA devient essentiellement un centre de formation des femmes étrangères10. Le relais des formations et apprentissages de jeunes gens est alors pris par l’ACPM, l’Association des centres de préformation de Marseille né en 1958 d’une volonté conjointe du préfet des Bouches-du-Rhône et de Louis Belpeer11. En 1976, le service de diffusion des aides pédagogiques de l’ACPM passe à l’ ADAP, Association pour la diffusion des aides pédagogiques, dernière association spécialisée créée par Louis Belpeer. À partir de 1978, l’ACPM coordonne, par conséquent, trois secteurs d’activités : la formation d’adultes (CPM), des adolescents (CPA) et la formation des formateurs.
L’ATOM est aussi sollicitée pour des opérations qui concourent à diversifier son champ d’action. L’association devient ainsi gestionnaire du centre de rétention d’Arenc, d’aires de stationnement pour les gens du voyage à La Ripelle (Toulon) ,et à Saint-Menet (Marseille). Elle est consultée sur l’opération de relogement HLM (les Micocouliers, Font Vert, les Tilleuls, Cap Janet) et sur la résorption des bidonvilles (La Pioline à Aix, les Caillols, l’Estaque, Fort Rouge à Toulon).
Durant ses vingt années d’activité, l’association connaît un succès considérable que traduisent les chiffres suivants. En une seule année, l’ATOM peut enregistrer jusqu’à 100 000 bénéficiaires. Les usagers sont accueillis par 300 moniteurs/monitrices, médecins et assistantes sociales12 dans près de trente foyers et centres socio-éducatifs, deux centres de formation professionnelle et un centre de vacancest3. En termes de financement, l’ ATOM est subventionnée à près de 95% par le Fonds d’action sociale pour les travailleurs musulmans d’Algéri,een métropole et pour leurs familles (FAS) créé en 1958, les 5% restant venant directement des ministères sur des opérations particulières, de la municipalité de Marseille ou du gouvernement généra] d’Algérie. Entre 1969 et 1980, ce sont ainsi près de 4 millions de francs de subventions qui sont attribués à l’association chaque année14.
Pourtant, malgré cette réussite, l’association commence à faire l’objet de critiques et son image est écornée par la gestion du couple Belpeer.
DES ANNEES 1980 A NOS JOURS : NOUVELLES APPELLATIONS, NOUVELLES ORJENTATJONS15
La période allant du début des années 1980 à nos jours est marquée par une profonde transformation des réseaux d’acteurs spécialisés dans la gestion des immigrés et par un changement du contexte économique et social. Ces bouleversements induisent notamment de prendre en charge les personnes immigrées ou issues de l’immigration quelle que soit leur origine, mais aussi les individus cumulant des handicaps sociaux.
Un rapport rédigé en 1980 par la Cour des comptes va déclencher une phase de changements au sein de l’association. Dans ce rapport, le cas particulier de 1’ATOM est évoqué comme relevant de pratiques financières inquiétantes.. Le préfet des Bouches-du Rhône confie alors au président de la Maison de !’Étranger, une mission de restructuration de ’ATOM. En mars 1981, les Belpeer sont évincés et le conseil d’administration remplacé. Ce dernier démarre une mission d’expertise financière. De son côté, le FAS engage une mission de contrôle sw- les exercices financiers de 1969 à 1980. En 1982, une nouvelle enquête est administrée par l’Inspection générale des Affaires sociales, à la demande de François Autain, secrétaire d’État aux Affaires sociales, et de Georgina Dufoix, ministre de la Santé et des Affaires sociales. Outre les questions financières, cette nouvelle enquête suggère la poursuite des activités de l’association à la condition que l’association n’aspire plus à une situation de
monopole et veille à une gestion financière, administrative et humaine plus rigoureuse que par le passé. La dimension paternaliste du dispositif prônée par le couple Belpeer est devenue gênante et s’avère non conforme à la politique nationale d’insertion des immigrés dans la société française. Après la dissolution de fassociation, les activités de l’ ATOM sont partiellement redistribuées à deux associations nouvellement créées. L’ ADRIM, Association pour le développement des relations intercom.munautaires à Marseille, gère le logement et le relogement et suit l’accompagnement social de familles en difficulté, notamment d’origine étrangère. L’ AREAT, Association régionale d’études et d’actions auprès des tsiganes, créée par un ancien moniteur de l’ATOM, gère une grande partie des aires d’accueil pour les gens du voyage dans la région. A partir de ce moment, la suppression de l’ ATOM et l’installation de la délégation régionale du FAS en 1984 vont permettre le redéploiement des financements du FAS et l’intervention d’une gamme plus large d’associations locales dans la gestion de l’immigration 6
Le changement de dénomination intervenu en 1984 est révélateur des nouvelles orientations prises. Ainsi, le premier acte de la restructuration consiste en la composition d’un nouveau conseil d’administration qui accueille désormais des représentants des collectivités locales, des offices HLM, d’associations partenaires, des élus du personnel et des représentants des communautés immigrées. En 1986, un nouveau pa,sest franchi dans le sens de la parti,cipation des usagers à la gestion de l’association, puisque les comités d’usagers élisent deux représentants au conseil d’administration.
L’ ADRIM prône aussi la rénovation de l’action socio-éducative en visant la diversification des publics touchés17,la collaboration avec des partenaires (notamment la Fédération des
centres sociaux et socio-culturels, le Comité de liaison pour l’alphabétisation et la promotion, la Maison de l’Étranger), un changement dans le recrutement des animateurs par la participation de bénévoles issus des quartiers à l’encadrement d’activités. La notion de participation des habitants au développement social de leur environnement conduit à un bouleversement du type de relations entre les usagers et les salariés de l’ADRlM et l’on passe d’une relation d’aide à une relation de responsabilité. L’ADRIM signe, en outre, des conventions avec des centres sociaux, afin de se retirer progressivement de certains quartiers (Bassens, Paternelle, Port-de-Bouc) pour mieux s’implanter dans de nouvelles zones (Cèdres, Vert-Bois, Vieux-Moulin). La politique de vacances connaît aussi des changements par le développement des activités de centres aérés et la multiplication des camps de vacances.
En 1988, dans le cadre de son engagement dans divers projets européens, l’ADRIM modifie ses statuts pour devenir l’Association pour le développement des relations intercommunautaires méditerranéennes. L’association recentre alors son intervention sur trois secteurs l’insertion, l’hébergement et l’habitat). Ainsi, en tant qu’opérateur technique au service de l’État, du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et des organismes sociaux, l’ADRIM suit les bénéficiaires des minima sociaux et veille à accompagner les individus dans leurs recherches d’emploi.. Le secteur hébergement assure la gestion du Centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) créé en 2001 et de la maison relais « La Pension de Famille ». Dans le domaine de l’habitat, les actions menées par l’association se concentrent sur la mobilisation de partenaires et la participation active aux instances de concertation. Depuis
Approche critique
Les archives de l’association ont été collectées par l’association Ancrages, assoc1atJ.on marseillaise qui œuvre pour la constitution d’une mémoire de l’immigration. Une convention de partenariat a été signée entre cette association et l’ ADRIM le 23 novembre 2009, en vue d’un don du fonds aux Archive départementales des Bouches-du-Rhône. Ce dernier a été formalisé dans une lettre d’intention de don signée la même date que la convention de partenariat par le président en exercice, Antoine Trojani.
dates extrêmes : 1950-2007
IMPORTANCE MATERIELLE DU FONDS ET SUPPORT
Le fonds est constitué de 200 articles représentant 9,4 mètres linéaires.
Le papier prédomine et est présent sous diverses formes : papier pelure, papier calque. Le fonds comporte des photographies.
Gestion du centre de rétention d’ARENC, Gestion d’un service préfectoral de liaison et de promotion des immigrants, Gestion d’aires de stationnement des populations tziganes, Opération de relogement HLM (les Micocouliers, Font Vert, les Tilleuls, Cap Janet), Opération de résorption des bidonvilles (La Pioline à Aix, les Caillols, l’Estaque, Fort Rouge à Toulon). Pour mener à bien ses missions, l’ATOM crée le Centre d’Accueil Nord Africain (CANA), l’Association des Centres de Préformation de Marseille (ACPM), l’Association pour le Développement des Aides Pédagogiques (ADAP).
Auteurs et autrices
-
CHABANI Samia
Coordinatrice générale d’Ancrages, journaliste Diasporik
Pour citer
(2025). “ATOM, Aide aux Travailleurs d’Outre-Mer, de l’entraide au contrôle des travailleurs d’Outre-Mer”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/atom-aide-aux-travailleurs-d-outre-mer-de-l-entraide-au), page consultée le 6 avril 2025, RIS, BibTeX.