Cuillère à manche

Calebasse
11,5 x 41,5 x 20 cm, 145 g
Deux fissures. Quelques trous d'envol.

Ustensile, Avant 1891, Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Unité patrimoniale Afrique

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Collecter

La cuillère à manche a été collectée dans le cadre d’une mission coloniale, probablement lors de la conquête militaire menée par la France en Afrique de l’Ouest. Selon l’étiquette d’origine et le registre du Muséum - MH ETHN AFRI 14 (4) -, elle est décrite comme une « grande louche ; calebasse, Mali (Mission Dr. Rançon) ». L’objet fait partie de la « Collection de calebasses du Soudan » réalisée lors de la mission d’André Rançon, explorateur et administrateur colonial. L’objet a ensuite été intégré à la collection du Musée colonial de Marseille.

Catégoriser

La collecte d’André Rançon s’inscrit dans les pratiques culturelles et ethnographiques caractéristiques des missions coloniales où les objets étaient collectés et catalogués pour témoigner de la diversité des peuples colonisés. Ces pratiques étaient souvent guidées par une vision européocentrée. Les acteurs de ces collectes avaient pour objectif de constituer un savoir ethnographique sur les peuples et les cultures des colonies, tout en contribuant à la construction d’une image de domination et de hiérarchisation des cultures. Les objets étaient souvent exposés comme des symboles d’un « monde lointain » et « exotique », en veillant à minimiser les aspects violents et destructeurs de la colonisation.

Conserver

La logique de conservation et de patrimonialisation qui a conduit à l’intégration de cet objet dans une collection s’inscrit dans les pratiques muséologiques du XIXe et début XXe siècles. L’objectif était de préserver et de valoriser des objets exotiques et « typiques » des cultures colonisées, dans le but de les exposer au public européen. Ces objets servaient à illustrer la diversité matérielle et culturelle des peuples colonisés tout en consolidant la vision impérialiste de la France. Les musées coloniaux, comme celui de Marseille, ont joué un rôle clé dans cette démarche de conservation.

Exploiter

Dans le cas précis de cette cuillère à manche, le médecin et explorateur André Rançon, qui a effectué plusieurs missions en Afrique (notamment dans l’actuel Mali), a joué un rôle clé. Son engagement dans la collecte d’objets ethnographiques et son implication dans des expéditions scientifiques faisaient partie d’un effort plus large pour constituer un savoir scientifique sur les peuples colonisés, tout en légitimant la domination coloniale.

Rançon a été désigné pour des missions spécifiques en Afrique, où il a non seulement exercé des fonctions administratives et médicales, mais a aussi exploré et documenté des aspects de la faune, de la flore et des cultures des territoires sous domination française. Son travail a contribué à la construction d’une image des colonies comme terres de découverte et d’exploitation. André Rançon, avec son expertise médicale et botanique, était également influencé par les impératifs scientifiques de l’époque, qui cherchaient à constituer un savoir colonial, souvent de manière utilitaire, sur les peuples et les cultures des colonies. Ainsi, à travers sa collecte et son travail scientifique, Rançon a indirectement contribué à la légitimation de l’Empire français et à la construction d’une vision unilatérale des cultures colonisées, qui a influencé la manière dont ces objets étaient présentés dans les musées européens, notamment au Musée Colonial de Marseille.

Parcours

L’itinéraire de la cuillère à manche débute lors de la mission scientifique d’André Rançon en Afrique de l’Ouest. Médecin et explorateur, Rançon a mené cette mission dans le cadre de recherches ethnographiques et botaniques. À la fin de sa mission, en 1892, Rançon retourne en France et fait entrer l’objet dans les collections du Musée colonial de Marseille, où il rejoint d’autres artefacts collectés lors de missions similaires.

Exposer

Transférée en 1962 au musée de l’Homme, la cuillère à manche fait aujourd’hui partie des collections du musée du Quai Branly. En tant que témoin des pratiques de collecte à l’époque coloniale, cet objet continue de soulever des questions sur les rapports de domination et les hiérarchies culturelles qui ont façonné la muséification des artefacts.

Étudier

Ce type d’objet, qui serait normalement considéré comme utilitaire, est transformé en un élément de curiosité dans le cadre de l’exposition coloniale. En étant exposée dans des musées, la cuillère à manche devient un artefact différent, présenté non seulement pour son aspect fonctionnel, mais aussi comme un témoin de la culture d’un peuple colonisé, contribuant à renforcer la vision de l’« exotisme » et de la supériorité culturelle de l’Europe.

Auteurs et autrices

Pour citer

JARRIN-YANEZ María José (2025). “Cuillère à manche”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/cuiller-a-manche), page consultée le 3 mars 2025, RIS, BibTeX.