Bois, calebasse, fibre végétale
27 x 77 x 45,5 cm, 4229 g
15 lames, résonateurs en calebasse.
Lames mesurées par J. Schwarz pour l'article de Rouget sur les xylophones équiheptaphoniques (voir bibliographie).
Le numéro MH-Inventaire marqué directement sur l’objet.

Instrument de musique, Avant 1962, Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Unité patrimoniale Afrique

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Collecter

Le xylophone malien, collecté par le docteur Delassus, semble provenir du cercle de Kita, une ville Malinké célèbre pour ses griots. Les griots, dans la tradition ouest-africaine, sont des conteurs, poètes, musiciens et historiens qui jouent un rôle clé dans la transmission des récits oraux et de l’histoire des communautés. Ces griots étaient non seulement responsables de préserver les traditions, mais aussi des créateurs d’instruments de musique traditionnels, dont le xylophone. Les griots de Kita incarnaient à la fois des compétences musicales et une profonde connexion avec les récits et les légendes de leur culture. En tant que créateurs de leurs propres instruments, ils jouaient un rôle fondamental dans la construction et la transmission de l’identité musicale et culturelle malinké, faisant de cet objet bien plus qu’un simple artefact. L’objet a été collecté dans un contexte de conquête militaire.

Catégoriser

Ce xylophone a été collecté pour illustrer la diversité des cultures colonisées. L’objectif était de mettre en valeur ces instruments comme des « curiosités exotiques », tout en consolidant les hiérarchies coloniales. En identifiant l’objet comme un « xylophone Malinké » dans les registres, les collecteurs ont classé cet instrument dans une logique ethnographique européocentrée.

Conserver

Le xylophone malien a été offert par le docteur Delassus au Musée colonial de Marseille. Après la fermeture du musée Colonial (1961), les collections ont été transférées au musée de l’Homme. En 2005, elles ont été intégrées au musée du Quai Branly, qui a hérité des collections d’anthropologie culturelle, poursuivant ainsi la conservation et la mise en valeur de ces objets dans un cadre muséographique esthétisant.

Exploiter

Les missions scientifiques coloniales, telles que celles dirigées par le docteur Delassus, avaient pour objectif principal la collecte d’objets représentant les cultures, les ressources naturelles et les caractéristiques géographiques des peuples lointains, dans le but d’enrichir le savoir universaliste. Ces collectes réalisées par des militaires, des médecins, des négociants, des missionnaires ou des explorateurs contribuaient à documenter la diversité des sociétés colonisées tout en soutenant l’idée de la supériorité de la civilisation européenne. Ces collections permettaient de diffuser un discours ethnographique renforçant la perception de la domination coloniale.

Parcours

L’itinéraire de ce xylophone commence lors de la collecte par le docteur Delassus, un médecin militaire français, dans le cadre d’une mission scientifique en Afrique de l’Ouest. L’objet a été collecté dans la ville de Kita, au Mali, dans une zone réputée pour ses griots. Le xylophone a ensuite été remis au Musée colonial de Marseille. Lors de la fermeture du musée Colonial en 1961, les objets ont été transférés au musée de l’Homme dans le but de préserver et de continuer l’étude de ces artefacts culturels dans un cadre scientifique. En 2005, le musée du Quai Branly a hérité des collections de ce musée, intégrant le xylophone dans sa collection d’anthropologie culturelle, où il fait aujourd’hui partie des objets conservés. Ce parcours institutionnel reflète l’évolution des pratiques muséographiques et des discours liés à la colonisation et à la patrimonialisation des cultures d’outre-mer.

Exposer

Le xylophone a été exposé dans différents cadres institutionnels à travers le temps, chacun marquant une étape significative de sa muséification. Après sa collecte par le docteur Delassus dans le contexte colonial où il faisait partie d’un discours qui exposait les cultures colonisées comme "curiosités", renforçant l’image de la mission civilisatrice de la France.

À la suite de la fermeture de ce musée en 1961, les collections ont été transférées au musée de l’Homme en 1962, où l’objet a continué d’être exposé, mais dans un contexte d’anthropologie plus scientifique. En 2005, les objets ont été intégrés au musée du Quai Branly, avec une approche plus critique du colonialisme et de la manière dont ces objets avaient été collectés et exposés dans le passé. Dans chaque étape, les choix de scénarisation ont varié, mais l’objet a toujours été placé dans un cadre où les différences culturelles étaient mises en avant, parfois en accentuant l’exotisme et la hiérarchie des cultures.

Étudier

Les logiques scientifiques et esthétiques des agents impliqués dans l’étude de ce xylophone malinké ont évolué au fil du temps. Les objets étaient souvent analysés sous un prisme ethnocentrique et classés selon des critères hiérarchiques. Cependant, avec le temps et notamment après le transfert des objets dans des institutions comme le musée de l’Homme et le musée du Quai Branly, les approches ont évolué. L’étude de ces objets a progressivement intégré une dimension plus culturelle et symbolique, cherchant à comprendre les pratiques et les significations des peuples d’origine, tout en prenant en compte leur rôle dans les sociétés contemporaines. L’aspect esthétique a également été valorisé, en mettant en avant l’expression artistique de ces objets. Ainsi, les pratiques d’étude ont été transformées, passant d’une perspective de domination à une approche plus respectueuse et réflexive de la diversité culturelle.

Auteurs et autrices

Bibliographie

ROUGET G., SCHWARZ J., « Sur les xylophones équiheptaphoniques des Malinké », Revue de Musicologie, vol. 55, no. 1, 1969, p. 47–77.

Pour citer

JARRIN-YANEZ María José (2025). “Xylophone”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/xylophone), page consultée le 3 mars 2025, RIS, BibTeX.