Peau
28 x 52,5 x 80 cm, 1383 g
Forme ovale, poils bruns et beiges.

Arme, Avant 1896, Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Unité patrimoniale Afrique

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Collecter

Ce bouclier en peau a probablement été collecté lors d’une expédition militaire coloniale en Afrique. Il a été prélevé par un militaire, le lieutenant de navire Blaise. Ce processus s’inscrit dans une logique impérialiste où la collection d’objets représente non seulement un moyen de comprendre et de classifier les cultures locales, mais aussi un outil de légitimation et de valorisation de la domination coloniale.

Catégoriser

Les boucliers en peau africains étaient conçus et identifiés selon des pratiques culturelles ancrées dans les sociétés traditionnelles, où l’objet était à la fois un outil de défense et un symbole de statut. Les artisans qui fabriquaient ces boucliers utilisaient des matériaux naturels, comme la peau et les poils d’animaux, qu’ils traitaient selon des méthodes ancestrales transmises au sein de la communauté. Les motifs décoratifs et les spécificités de la fabrication (forme, taille, décor) étaient des indicateurs de l’origine ethnique et du rôle social de l’utilisateur, et chaque bouclier pouvait être unique, portant des symboles de la famille, du clan ou de la tribu. Une fois rapatriés en Europe, ces objets étaient souvent réduits à des spécimens ethnographiques destinés à témoigner de la diversité des coutume et des pratiques des peuples colonisés, de les classer et de les exposer dans une perspective européocentrée. Il s’agit à la fois de donner à voir la diversité des peuples colonisés et de justifier la domination coloniale.

Conserver

L’intégration de ce bouclier en peau dans une collection suit une logique de conservation marquée par les pratiques des sciences coloniales. Après sa collecte par le lieutenant de vaisseau Blaise lors d’une mission, l’objet a intègre le musée Colonial de Marseille.

Exploiter

Les agents impliqués dans ces processus de prédation étaient principalement des militaires, des missionnaires, des négociants, des administrateurs, des explorateurs ou des scientifiques. Ils pouvaient agir pour leur propre compte, pour d’autres collectionneurs privés dans le cadre d’un rapport marchand ou pour enrichir les collections des musées européens.

Parcours

Le parcours de ce bouclier en peau débute lors de sa collecte par le lieutenant de vaisseau Blaise dans le cadre d’une mission dans l’actuel Gabon. Après sa collecte, l’objet a été remis au Musée colonial de Marseille. Après le démantèlement du musée en 1961, les collections ont été transférées au musée de l’Homme, dédié à l’anthropologie et à l’étude des cultures humaines. Ce musée a poursuivi la conservation des objets selon une approche scientifique, mais souvent décontextualisée, visant à les classer et les analyser selon des catégories ethnographiques qui renforçaient l’épistémologie dominante. En 2005, les collections provenant du musée de l’Homme ont été intégrées au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, un établissement consacré aux arts et aux civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Le musée a alors entamé un processus de réinterprétation de ces objets, cherchant à déconstruire les récits coloniaux et à restituer ces artefacts dans leurs contextes culturels et historiques d’origine.

Exposer

L’histoire scénographique du bouclier en peau reste indéterminée, car les modalités de son exposition initiale ne sont pas entièrement documentées. Cependant, depuis son transfert au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, l’objet bénéficie d’une réinterprétation plus critique.

Étudier

Les logiques scientifiques et esthétiques des agents chargés d’étudier ce bouclier en peau reflètent une démarche qui visait à constituer un savoir universel sur les peuples colonisés à travers un prisme européocentré. Leur travail s’inscrivait dans une logique de classification des objets et des cultures, les présentant comme des éléments isolés et décontextualisés, illustrant des stéréotypes plutôt que des réalités culturelles complètes. Depuis les réorientations muséales récentes, notamment avec l’intégration du bouclier au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, les logiques d’étude ont évolué. L’objectif actuel est de déconstruire les narrations coloniales et de replacer ces objets dans leur contexte culturel d’origine.

Auteurs et autrices

Pour citer

JARRIN-YANEZ María José (2025). “Bouclier”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/bouclier), page consultée le 3 mars 2025, RIS, BibTeX.