Boucles d’oreilles de femme

Argent
6 x 6,5 x 1 cm
14,2 g
Paire de boucles d'oreille de femme à anneau serpentiforme auquel sont suspendues des pendeloques coniques ainsi qu'un ornement losangique filigrané.
Bijou, parure, Fin XIXe - Début XXe siècle, Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Unité patrimoniale Asie
Collecter
Les pratiques de collecte par des explorateurs, missionnaires ou ethnologues, visant à documenter et préserver les objets provenant des colonies, étaient en grande partie influencées par l’intérêt pour la diversité culturelle et les savoir-faire locaux. Cependant, cette collecte était aussi motivée par des objectifs plus larges, tels que la classification des cultures « exotiques » selon des catégories occidentales. Les objets étaient souvent perçus à travers le prisme de l’anthropologie coloniale, où ils étaient analysés et présentés non seulement comme des témoignages matériels de cultures, mais aussi comme des artefacts à des fins d’exposition et d’éducation dans des musées ethnographiques, contribuant à un discours scientifique dominé par les perspectives occidentales.
Catégoriser
Les objets ainsi collectés étaient destinés à enrichir des collections muséales, à des fins à la fois scientifiques et esthétiques, servant de témoins matériels de traditions culturelles spécifiques. Par leur exposition dans des salons, des expositions universelles ou des musées, ces artefacts étaient présentés comme des exemples de l’artisanat « exotique », participant à la construction d’une vision de l’Autre. Les collecteurs cherchaient à documenter ces objets dans le but de nourrir les connaissances sur les sociétés lointaines, tout en intégrant ces pièces dans un discours plus large sur les échanges culturels et la diversité humaine. Les objets collectés étaient ainsi intégrés dans des discours scientifiques qui, tout en visant la préservation de la diversité culturelle, reflétaient les paradigmes européocentrés et les rapports de domination coloniale.
Conserver
Les logiques de conservation étaient souvent influencées par une vision utilitaire, cherchant à établir une hiérarchie entre les cultures et à préserver ces objets comme des éléments de curiosité scientifique. Les objets étaient extraits de leurs contextes culturels d’origine pour être réinscrits dans un espace muséologique où leur valeur était redéfinie en fonction des intérêts de la science occidentale. Par cette démarche, les musées devenaient des lieux de mise en scène du savoir colonial, où l’objet n’était pas seulement un artefact matériel, mais aussi un outil de construction d’un discours sur la civilisation et l’évolution des sociétés.
Exploiter
Dans le cadre des expéditions scientifiques ou des missions ethnologiques, les objets issus des cultures colonisées étaient souvent perçus comme des témoins matériels de l’altérité, devant être collectés et conservés pour illustrer la diversité humaine et les « coutumes » des peuples dits « primitifs ». Ce processus de patrimonialisation, mené par des missionnaires, des anthropologues ou des curateurs européens, visait à préserver ces artefacts dans des institutions muséales pour les transformer en objets de savoir.
Parcours
L’intégration de cet objet dans une institution nationale résulte de la volonté de préserver et de diffuser des savoirs ethnographiques et culturels spécifiques, mais également de l’impulsion d’une vision impérialiste visant à documenter, classer et exposer les artefacts, les transformant en objets de connaissance souvent déconnectés de leur signification initiale, dans des cadres considérés comme scientifiques. Les objets collectés étaient destinés à enrichir les collections muséales, à des fins scientifiques et esthétiques, en tant que témoins matériels de traditions culturelles particulières. Par leur exposition dans des salons, des expositions universelles ou des musées, ces artefacts étaient présentés comme des exemples de l’artisanat « exotique », contribuant à la construction d’une vision de l’Autre.
Exposer
La paire de boucles d’oreilles a été exposée lors de deux événements majeurs : l’exposition universelle de 1900 à Paris et l’exposition coloniale de 1906 à Marseille. Ces expositions s’inscrivaient dans un contexte impérial où les objets provenant des colonies étaient présentés comme des témoignages des cultures matérielles des peuples colonisés. L’exposition universelle de 1900 visait à mettre en valeur les progrès industriels, scientifiques et artistiques, tout en incluant des objets exotiques pour illustrer la diversité culturelle des colonies. Dans ce cadre, l’Institut colonial de Marseille a présenté des artefacts comme cette paire de boucles d’oreilles, en les insérant dans un discours qui soulignait l’existence de cultures « autres », souvent réduites à des curiosités ethnographiques.
L’exposition coloniale de 1906, quant à elle, avait pour objectif explicite de valoriser les possessions coloniales françaises. Les objets exposés étaient sélectionnés pour illustrer la richesse des cultures colonisées, mais aussi pour affirmer la légitimité du projet colonial. Cette paire de boucles d’oreilles a ainsi été présentée comme un exemple des savoir-faire artisanaux des colonies, mais sans prendre en compte la complexité des contextes culturels locaux. Ces objets étaient extraits de leurs cadres rituels et sociaux et réinscrits dans un discours qui servait à illustrer l’impérialisme français, tout en contribuant à la construction d’un savoir scientifique occidental centré sur les pratiques coloniales.
Étudier
Les logiques scientifiques et esthétiques des agents chargés d’étudier les cultures matérielles étrangères étaient influencées par une vision occidentale, dans laquelle les objets étaient principalement analysés en termes de fonction, de technique et de matériaux, souvent sans tenir compte de leurs significations culturelles ou spirituelles. Esthétiquement, ils étaient valorisés pour leur exotisme et leur singularité, présentés comme des curiosités ou de l’artisanat, souvent décontextualisés. Ces pratiques reflétaient un désir de classification et de mise en valeur selon des critères occidentaux, négligeant les spécificités culturelles des sociétés d’origine. Les collecteurs, tout en cherchant à documenter ces objets pour nourrir les connaissances sur les sociétés lointaines, les intégraient dans un discours plus large sur les échanges culturels et la diversité humaine.
Auteurs et autrices
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JARRIN-YANEZ María José
Post-doctorante en histoire de l’art, TELEMMe
Bibliographie
CARRE A.-L., CORCY M.-S., HILAIRE-PEREZ L., DEMEULENAERE-DOUYERE, C., Les expositions universelles en France au XIXe siècle, Techniques Publics Patrimoines, 2012.
DEMEULENAERE-DOUYERE C. (dir.), Exotiques expositions : Les expositions universelles et les cultures extra-européennes, France, 1855-1937, Somogy, 2010.
L’ESTOILE B. de, Le goût des autres : de l’Exposition coloniale aux arts, Flammarion, 2010.
Pour citer
(2025). “Boucles d’oreilles de femme”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/boucles-d-oreilles-de-femme?parcours=144), page consultée le 3 mars 2025, RIS, BibTeX.