Os d’oiseau-éléphant

Sur une plaque en bois, 2 fémurs et 2 tibias d’un æpyornis.
Échantillon zoologique, Inconnue (plusieurs millénaires), Saint-Hilaire, Geoffroy, 1805-1861, Collections de paléontologie
Contexte
L’étude des fossiles est ancienne. Au début du XIXe siècle, elle s’émancipe de l’univers des curiosités naturelles (cabinets de curiosités) pour rejoindre le monde scientifique, à l’initiative de savants tels que Georges Cuvier, véritable chantre de la paléontologie et de l’anatomie comparée. Toutes les générations de paléontologues depuis Cuvier s’inscrivent sur le modèle des études et descriptions anatomiques mises en place par celui-ci au début du XIXe siècle. Albert Gaudry, Paul Gervais ou encore Gaston Vasseur et Joseph Répelin étudient largement les vertébrés fossiles de France et de ses colonies.
Au XIXe siècle, la paléontologie est en plein essor et les régions de l’Empire colonial français sont explorées du point de vue paléontologique à l’instar des autres territoires. Ces os fossilisés ont été collectés en qualité de curiosité naturaliste.
Collecte
La conquête de Madagascar par la France en 1896 permet aux naturalistes européens de découvrir les fossiles d’oiseaux géants qui sont expédiés en métropole et reconstitués dans les musées. Ces ossements ont été récoltés par le docteur Besson en 1920 pour le Musée colonial. D’autres spécimens arrivent pour le Muséum de Marseille par l’entremise de l’Académie Malgache.
Étude
L’oiseau éléphant de Madagascar fait partie des plus gros oiseaux connus. Les derniers disparaissent probablement autour du XIe siècle. Sous le vocable « oiseaux éléphants » on trouve plusieurs espèces du genre Æpyornis. Les plus grands spécimens peuvent mesurer près de 3,5 mètres de haut et la masse est estimée entre 250 et 400 kg (plus de 2,5 fois la masse d’une autruche actuelle).
Sont-ils à l’origine de la légende de l’oiseau Rokh des Mille et Une Nuits ? Les æpyornis ont en effet largement marqué les populations malgaches et les voyageurs de passage sur l’île rouge pour stimuler tout un récit légendaire autour d’eux. La taille des ossements et la dimension incroyable de leurs œufs vont dans ce sens.
Ils restent dans le registre du légendaire jusqu’au XIXe siècle et l’essor de la paléontologie, jeune discipline née à Paris au Muséum national.
Exposition
Des fossiles étaient présentés dans le pavillon de Madagascar lors de l’exposition coloniale de 1922. Par la suite, ils rejoignent le Muséum ainsi que le Musée colonial. À la dislocation de ce dernier, certaines pièces, comme ces ossements fossiles, parviennent au Muséum de Marseille en 1961.
Cet objet a probablement été exposé avec le squelette monté d’æpyornis et les œufs dans les vitrines puis placé en réserve dans les années 1990.
Auteurs et autrices
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BORRELY Christophe
Paléontologue et conservateur du patrimoine, Institut national du patrimoine
Pour citer
(2024). “Os d’oiseau-éléphant”, Mars Imperium (https://marsimperium.org/os-d-oiseau-elephant), page consultée le 30 novembre 2024, RIS, BibTeX.