MEKRELOUF Horiya

Responsable associative, MRAP 13

"Pour qui a des notions de la langue arabe, son prénom est déjà un symbole : il veut dire « liberté ». Ses parents, militants nationalistes, avaient fait ce choix le 3 décembre 1961 persuadés que le combat contre le colonialisme était sur le point d’être gagné et que leur pays allaient enfin se libérer d’un colonialisme qui a perduré dans des formes les plus violentes, et les plus inégalitaires pendant près de 130 ans ! Ce prénom choisi pour leur fille illustrait ainsi leur engagement dont ce mot était la raison et le but ! Ainsi dès sa tendre enfance, Horiya Mekrelouf a vécu dans une ambiance familiale qui cultivait cette espérance. Aussi, lorsqu’en dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, à Paris, Malik Oussekine, étudiant franco-algérien, est matraqué à mort par des policiers, alors qu’elle vient juste de fêter l’anniversaire de ses 23 ans, ce crime d’état ne peut la laisser indifférente, car s’inscrivant pour elle dans la longue liste de ceux commis par les exactions de la colonisation française dans son pays. Tout comme celui des brimades, des humiliations et du refus dans l’accès aux droits en France pour les populations issues de l’immigration. Ce qui ne pourra jamais être réduit à une simple bavure, renforce ses convictions et ancre à jamais sa détermination de lutter pour en finir avec le racisme, le colonialisme et l’inégalité de droit. En Algérie comme en France, le combat est toujours essentiel pour construire une société plus juste. C’est au sein du MRAP où elle adhère qu’elle se lie d’une amitié qui restera indéfectible avec Baya Jurquet, qui a fait partie de ces algériennes qui ont gagné l’indépendance pour leur pays mais auxquelles très rapidement les pouvoirs en place ont signifié que cette page devait être tournée et que la place des femmes c’était avant tout à la maison. Le thermidor des révolutions confisquées commence toujours par l’assignation des femmes au foyer. En Algérie, le code de la famille l’avait consacré en 1984 et l’affirmation des luttes féministes pour en finir avec le patriarcat et ses effets dans la société va également s’inscrire dans ses engagements militants. Pendant la décennie noire, face au déferlement d’un islamisme politique meurtrier, avec sa complice Baya et de nombreuses autres femmes, Françaises et Algériennes, elle multipliera les prises de positions et les initiatives de solidarité politique et matérielles aux femmes qui sont les victimes de cette guerre qui déchire son pays et l’opinion française. Aux responsabilités qu’elle a au sein du MRAP 13 vont s’ajouter celles de la Marche mondiale des femmes, qui l’amène à participer à toutes les initiatives qui dénoncent la situation faite à la moitié de l’humanité, ce que ne voient pas toujours d’un bon œil, ceux pour qui la tradition au nom de Dieu ou de la nature doit leur imposer un statut de dominée et une place prédéterminée. On le voit ses engagements combinent internationalisme, féminisme et lutte pour la justice et l’égalité sociale contre toutes les exploitations et les oppressions : elle a de longue date la conviction que dans cette longue marche, les femmes sont souvent aux avant-postes et que la lutte pour la liberté ne s’achèvera que de s’accomplir. Au-delà des origines, au-delà de la race et des conditions sociales qui nous sont imposées elle est pour qui pourrait en douter, une combattante déterminée"
Henri Saint-Jean, 11 septembre 2022, publication du mouvement de la Paix de Marseille dans le cadre ’Des voiles de la paix’